Brecht Koelman, 2021-08-7, oil on linen on panel, with artist’s frame, 22 x 27cm, 2021

BRECHT KOELMAN

LE SOUFFLE


(...) Brecht Koelman, on le sait, – à la manière des dates paintings d’On Kawara – se contente de titrer ses peintures par la date du jour de leur réalisation, établissant ainsi un calendrier plus atmosphèrique que saisonnier, perception immédiate d’un espace et d’un temps donné, vécue dans une environnement spécifique. Sa peinture résulte des forces qui conjuguent la couleur, le rythme des formes, l’air qui circulent entre toutes ces choses qui constituent un paysage, l’air comme un vide, l’air comme un mouvement, l’air considèré pour lui-même. Ainsi touche-t-il –et cela n’a rien de paradoxal – à une logique intemporelle, celle d’un souffle suspendu. Ce processus ne pouvait que se cristalliser en ces temps pandémiques et cette inédite expérience du confinement. Pour ce Circuit Court, l’artiste a donc voulu très logiquement organiser la monstration de ses peintures au fil des semaines confinées passées dans son jardin. L’art au temps du corona, cet axiome repris ces derniers mois par tant de média paraphrasant le célèbre roman de Gabriel García Márquez ne fait, hic et nunc, que renforcer un processus vécu. Brecht Koelman parle ainsi de ses « peintures corona », toutes élaborées dans son jardin. « Durant toute la quarantaine, le temps fut exceptionnellement agréable, ce qui m’a permis de travailler à̀ l’extérieur de façon permanente, explique-t-il. J’ai peint essentiellement au jardin car je ne pouvais pas le quitter, et ce faisant, je constatais la sécheresse grandissante de la végétation ».


Brecht Koelman est philosophe de formation. Du jardin au Jardin, il n’y a qu’un pas, le Jardin d’Epicure, cette école philosophique ouverte aux hommes et aux femmes en 306 avant notre ère où Epicure enseigne les moyens de parvenir à l’ataraxie, cette paix de l’âme, cette tranquillité résultant de la modération et de l’harmonie de l’existence, principe même du bonheur. « L’idée d’un jardin enclos est récurrente dans mon travail, explique-t-il. Je peins souvent dans mon jardin, j’ai eu l’occasion de résider dans des endroits isolés comme Isola Comacina en Italie ou Vélez Blanco en Andalousie. J'ai aimé entretenir le jardin du monastère de Westmalle et j'ai envisagé d'y entrer ». L’idée même du confinement évoque ici le jardin enclos médiéval, l’Hortus Conclusus, thème iconographique et littéraire de l’art religieux européen, principalement dans les domaines de la poésie mystique et de la représentation mariale. « Ma sœur et fiancée est un jardin enclos ; le jardin enclos est une source fermée », lit-on dans le Cantique des Cantiques. « Le cosmos se reflète dans ce jardin, poursuit Brecht Koelman, comme dans les jardins orientaux. Je sens que mon travail est la résonance des forces en interaction que je perçois dans le paysage. Et cela présente de fortes similitudes avec le concept du ch'i dans le taoïsme, important pour de nombreux peintres tels que Zhu Da (Bada Shanren). Le coup de pinceau est donc une réponse directe, une traduction de ce qui est observé, comme le peintres chinois traduit le ch’i du paysage en ch’i du dessin Ce concept de ch'i est similaire à celui du rouach, littéralement le souffle, qui se réfère, entre autres, à l'esprit de Dieu se promenant dans le jardin d'Eden dans la fraîcheur du jour, the cool of the day » (Genèse 3: 8). Tiens, The cool of the day, n’était-ce pas le titre de la précédente exposition de Brecht Koelman à la galerie ? Un souffle, une respiration. (JMB, 2020)

BIOGRAPHIE

Après un master en philosophie (KUL Leuven), Brecht Koelman (1980, c-vit et travaille à Genk)  s'est tourné vers les arts plastiques et a étudié à LUKA Brussels et Hasselt. Depuis, il a notamment résidé à The Cill Rialaig Project, Ballinskelligs (IE), Isola Comacina, (I), Joya:AiR, Los Gazquez, Vélez-Blanco, (E). 

EXPOSITIONS 

Brecht Koelman, 2020-05-13B Huile sur panneau, 24×30 cm, 2020.

2020

Circuit court

Brecht Koelman, carton

2019

The cool of the day