Lu dans L’Oeil #748, novembre 2021

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Lu Dans la revue H.ART n°217, cet entretien entre Marie Zolamian et Colette Dubois
En 2017, l’ancienne direction artistique du musée, Elsje Janssen et Manfred Sellink, a proposé à Marie Zolamian (Beyrouth °1975, vit et travaille à Liège) de réaliser un nouveau dessin de la mosaïque du péristyle du Koninklijk Museum voor Schone Kunsten d’Anvers. Réalisée dans l’atelier des mosaïstes Gino Tondat et Sarah Landtmeters, elle est à présent terminée et posée. Dans un an, le musée sera ré-ouvert après sa rénovation complète et chacun pourra déambuler sur la surface que l’artiste a conçue. Dans quelques jours, certains pourront déjà la voir. Une belle occasion de s’entretenir avec Marie Zolamian.
Colette Dubois : Il y a quelques années, tu m’as annoncé la commande d’une mosaïque pour le péristyle du KMSKA d’Anvers. Comment as-tu reçu cette commande et quel a été ton cheminement pour la concevoir ?
Marie Zolamian : J’ai immédiatement commencé mes recherches au sujet de la mosaïque, son art et sa technique. Mais très vite mon champ de recherche s’est élargi aux arts de la tapisserie, à l’art byzantin, à l’art des grotesques, des arabesques, des enluminures et, bien sûr, de la peinture des Primitifs. Parallèlement, je me suis naturellement intéressée à l’histoire du musée et de la ville d’Anvers, une ville que j’avais déjà approché lors d’une résidence de trois mois à Air Antwerpen l’année précédente. Ce qui m’importait aussi était de rencontrer et de dialoguer avec les artisans mosaïstes afin de voir et de comprendre comment ils travaillaient. J’ai pu ainsi adapter certains aspects du dessin en discutant avec eux pour avoir une fluidité dans le passage entre ce que je voulais et ce qui pouvait être fait. Un élément important a été de redessiner des vagues avec des lignes ondulées au lieu des motifs triangulaires.
En juillet 2018, l’asbl mòsso m’a invitée au Bénin dans le cadre de l’École doctorale d’été dont le thème était ‘Processus de patrimonialisation, usages et « muséification » du passé’. Les paysages et la végétation que j’ai pu rencontrer là-bas ont donné un coup ultime à la composition. J’ai eu envie d’injecter un maximum de variétés végétales, en croisant les plantes et en jouant avec toutes sortes d’adventices.
J’ai remis le dessin définitif en septembre 2018. Deux mois plus tard, je suis allée à Carrare avec les mosaïstes pour choisir une grande variété de marbres qui allait enrichir la palette des nuances surprenantes et parfois inattendues. J’ai pu y travailler comme une peintre qui sélectionne ses couleurs pour sa toile. La réalisation en atelier a duré environ deux ans et demi. J’ai suivi l’exécution de très près. Au fur et à mesure, j’ai vu chaque précieux détail prendre la forme que je souhaitais. Le 1erseptembre 2021, la mosaïque a été placée sur le sol du musée où elle est en train d’être finalisée.
CD Sur les photographies que tu m’as montrées, la mosaïque apparaît comme un grand collage d’éléments glanés, entre autres, dans les collections du musée lui-même. En même temps, le terme « collage » n’est pas le bon puisque tu as souvent réinterprété les éléments en question. Peux-tu m’expliquer comment ton choix de tel ou tel élément s’est fait et ce qui a guidé ton travail d’agencement et d’interprétation ?
MZ Oui c’est une sorte de gigogne, une mosaïque dans la mosaïque, elle-même dans une autre. En même temps, c’est une représentation des liens qui existent entre le tout : les arts, les époques, les espaces, les techniques, les éléments, etc. Les choix se sont d’abord fait d’après mes souvenirs des peintures et des traces qu’elles avaient laissées en moi avant l’aventure de la mosaïque : la main crispée de Saint-Jérôme de la copie de M. van Reymerswale, la lune timide de Sainte Barbe de J. Van Eyck, la ‘Madone’ de Jean Fouquet m’avait laissé un sourire intérieur et ‘La chute des anges rebelles’ de F. Floris que j’avais vu en dehors du musée m’avait retourné l’esprit. L’œuvre de Clara Peeters que j’avais aimée en 2016 au Rockoxhuis et la vision de ses peintures malicieuses m’a inspiré une chimère multi-genrée par exemple. D’autres œuvres m’ont encore guidée pour la composition : le Triptyque d’Antonius Tsgrooten de Goswin van der Weyden ou la fresque de la Dérision du Christ de Fra Angelico. Toutes les deux donnent à voir une hybridité de styles avec une perception de l’art cosmopolite.
C.D. Comment les éléments que tu as extraits des peintures s’imbriquent-ils les uns dans les autres ?
M.Z. Expliquer tous les éléments serait très long. Mais par exemple, à droite on trouve la partie lumineuse, nourricière de la ville. La chimère inspirée de P. Van der Borght (‘Allegorie op de moeilijkheid van het besturen’, 1578) est composée de toute une série de fragments d’œuvres du musée (Rubens, Brueghel, Ensor, Magritte, Delvaux, Permeke, De Braekeleer, Van De Woestijn,…).Ce qui m’exalte aujourd’hui, c’est de voir tout cela prendre vie. En effet, lorsque j’ai conçu le projet, j’avais tenu compte de l’orientation du soleil et de la lumière naturelle frappant la mosaïque. Debout sur la mosaïque, au coucher du soleil, nous pouvons voir les rayons du soleil descendre de plus en plus, à travers les colonnes, en biais du drapé, révélant l’ombre qui entoure le drapé.
C.D. Le centre de la mosaïque est occupé par un ancien plan de la ville d’Anvers. Quelle relation établis-tu entre le monde, la ville et le musée ?
M.Z. Le cœur de la mosaïque est une représentation d’un des premiers plans de la ville, imprimé en 1565 par Plantin Moretus à Anvers et dessiné par Virgilius Bononiensis. Il renvoie à l’idée de port et au monde. Habituellement, le point culminant d’une scène figurative se trouve au centre ; ici tout le mouvement se passe dans la périphérie en indiquant des parcours possibles à suivre tout autour. Le plan est le milieu, le point de départ du regard et du champ de vision, le point d’arrivée également du visiteur.
L’ensemble donne à voir une grande scène similaire à une scène mythologique, une vision paradisiaque dont le centre est la vue topographique de la ville portuaire, abstraite et géométrique, en dentelle monochrome blanche à partir de laquelle nous assistons en direct à son enrichissement intellectuel, artistique et environnemental. La ville épurée et vide de ses habitants est alors en proie à une construction grandiose continue par les incorporations de fragments d’œuvres se trouvant à ses quatre points cardinaux. Une carte donne à voir une partie du monde, comme peut le faire un musée.
C’est aussi le premier point d’accès au musée, elle situe le visiteur ou le regardeur au seuil du monde de l’art ancien, moderne et contemporain. La carte schématique, minimale et abstraite m’a permis en même temps de trouver un compromis pratique pour la technique de la mosaïque. Les tesselles monochromes qui composent cette partie, tout comme la partie du fleuve, sont prédécoupées pour une composition moins complexe, à l’inverse des parties périphériques figuratives plus élaborées.
C.D. La mosaïque a-t-elle un titre ?
M.Z. Oui : « Welkom-Bienvenue-Willkommen-Welcome ». Je la vois comme une grande tapisserie posée sur le sol à l’entrée du musée, un tapis de bienvenue. Il s’agit d’un déroulement temporel et géographique qui renvoie à la fonction de l’édifice, reflète l’intérieur à l’extérieur, introduit au musée. Elle appartient à notre époque qui amasse les histoires et informations de divers horizons, sans hiérarchie de styles ou de genres. L’histoire y est évoquée comme une suite de combinaisons, le fruit de conquêtes, d’évolutions et d’influences. C’est un voyage dans l’histoire de l’art local, combinant l’art de la mosaïque, de la tapisserie et de la peinture, préfigurant un message humaniste de la rencontre et de la célébration du mélange, de l’hybridation et des croisements.
C.D. La mosaïque est à présent terminée. Comment imagines-tu la rencontre entre les spectateurs et l’œuvre ? Un voyage ? Une histoire ? Autant d’histoires qu’il y a de rencontres entre la puissance de ce sol et de visiteurs (dans le sens où un même visiteur pourrait faire un nouveau voyage à chaque visite, se raconter à chaque fois une nouvelle histoire) ?
M.Z. Oui c’est un peu comme cela que je l’ai envisagé : un grand voyage mythologique, et pourtant très terrestre, une vision orientale où on déambule dans le paysage, où on n’est pas devant une fenêtre. Je l’imagine comme une promenade qui donne à expérimenter une multitudes de voyages arpentant cependant un même sentier. Suivant la lumière, les pas d’à côté, les colonnes, les balustrades, les portes ouvertes ou fermées, les bruits, le sens d’orientation, etc.
C.D. Comment la mosaïque s’inscrit-elle dans ton travail artistique ?
M.Z. Il y a l’espace d’atelier et l’espace en dehors. La matière que je travaille reste la même, j’absorbe beaucoup de l’extérieur et j’injecte le tout dans un intérieur. Mais il me semble que c’est la manière de travailler qui diffère. Une grande différence tient dans la nécessité de tenir compte d’un cahier de charges et de contraintes plus ou moins importantes dans la commande ou le travail pour un espace public. Ensuite, il y a l’interaction qui m’intéresse beaucoup avec les corps de métier, les spécialités et domaines qui me sont inconnus et le résultat que nous pouvons mener à bon port malgré nos différents langages.
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Enter Enter, space for Books, consacre à Amsterdam une exposition aux livres d’Aglaia Konrad. A l’occasion de la sortie récente de Japan Works, dernier opus de l’artiste aux éditions Roma Publication. Nieuwe Herengracht 11 Amsterdam, du 11 septembre au 10 octobre.
Presentation of book projects by photographic artist Aglaia Konrad, including Elasticity (NAi 2002), Iconocity (König 2005) Desert Cities (JRP Rignier 2008), Carrara (Roma 2011), From A to K (König 2016) and Japan Works (Roma 2021). The exhibition includes a new large wall piece developed after making the book Japan Works, which derived from a study trip by the artist across central Japan in September 2019. The work of Aglaia Konrad is driven by her interest in urbanity and architecture in general, and cultural difference in particular. A comparative practice that runs equally warm for every possible experience of the local. The presentation runs from 11 September to 10 October, and is curated by Roger Willems.
The work of Aglaia Konrad is driven by her interest in urbanity and architecture in general, and cultural difference in particular. A comparative practice that runs equally warm for every possible experience of the local. Previous experiences, in 1994 and 2010, intrigued her to undertake a severe study trip across central Japan in September 2019, mainly in search of Metabolist projects. Such historical, iconic architectures were also the excuse to explore the unspecific and the non-iconic of their urban setting, with the same intensity. In Japan Works, free associations of full-page photographs alternate with contact sheets that follow the chronology of this last itinerary. These are illuminated by texts written by architect and Japan scholar Julian Worrall. Design: Roger Willems. ISBN 9789492811912
https://www.romapublications.org/Roma201-400.html
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Lu sur le site de l’Officiel des galeries et musées :
(…)
La présence fantomatique et la régénérescence de Montrésor par Valérie Sonnier.
L’artiste, également professeure de morphologie aux Beaux Arts de Paris, a étudié dans ce lieu hugolien la trace laissée par des générations d’occupants, êtres évanescents et insaisissables qui constituent l’histoire de ce château de village. Les vestiges de leurs présences résonnent dans les salles et couloirs qui se succèdent, la neige des alentours redessine les contours de la bâtisse en autant de traces saisies par le crayon précis de l’artiste.
Confrontant son regard amusé et amoureux du lieu, Valérie égrène ses œuvres en disséminant son intervention dans les recoins du château, d’une chambre intimiste à l’âtre du foyer de la cheminée du grand salon. Elle revisite les portraits de famille noir et blanc en colorants leurs transfert fantomatiques sur des négatifs amplifiant l’étrangeté de leur apparence fragile. En négatifs retravaillés pour pousser les couleurs en lumières saturées, elle dit “avoir cherché et trouvé l’or de Montrésor”.
Elle utilise des filtres passéistes et contemporains reprenant aussi des peintures du domaine qui traduisent autant de scènes de vie de l’époque. Les carnages de la chasse comme les lieux de guerres passés ici, les moulages de mains des femmes qui y vivent encore, sculpturales et fantomatiques déposées sous les yeux tutélaires de leurs aïeules comme une séance de spiritisme convoquant le souvenir des âmes restantes, incarnent la présence subtile de Valérie dans cette familière étrangeté.
Son expérience esthétique convoque la mémoire des êtres qui ne disparaissent jamais vraiment et l’on découvre son rapport à l’image et sa maîtrise du dessin. Disposés en livres séquences de son storyboard d’un film de famille muet en super 8 où seuls les rares bruits de la nature ultra présente comme cette pluie d’orage dans une nuit de vent ou les derniers rires de silhouettes disparues en ombres portées ne forment plus que les relents évocateurs des présences passées.
Lu sur le site ArtsVisions, à propos de l’exposition collective Le Regard du Temps:
Anne Kerner : Que présentez-vous à l’exposition ?
Valérie Sonnier : Je montre trois « photographies de fantômes » à l’exposition Le Regard du temps. Deux sont issues d’une série intitulée Rue Boileau, la troisième d’une série en cours de réalisation sur le site des Beaux-arts de Paris, dans la Galerie Huguier, véritable cabinet de curiosités qui abrite la collection du département de Morphologie.
J’ai commencé Rue Boileau en 2002, dans la maison que nous habitions avec ma grand-mère et que nous avons dû quitter. Je l’ai filmée meublée, puis vide de tout meuble, avant d’entreprendre d’y fixer sur pellicule des apparitions fantomatiques, formes blanches et floues symbolisant tous les êtres ayant habité le lieu. Je voulais faire sentir que, là, on avait joué, aimé, souffert, vécu en somme. J’ai repris pour une image le cadrage d’un célèbre cliché de Jacques-Henri Lartigue, Mon frère Zissou en fantôme, Villa Les Marronniers, 1905 et j’ai intitulé ma photographie Palou en fantôme, rue Boileau, 2005.
A.K. : Comment votre oeuvre s’inscrit dans Le Regard du Temps ?
Je filme en super 8 pour la qualité particulière du grain, pour la matière de l’image, et je photographie avec des pellicules argentiques pour les mêmes raisons : ces techniques sont datées et évoquent un passé qui est aussi le sujet de mon travail. Il s’agit de convoquer le temps, les mémoires individuelles et collectives, d’invoquer ce qu’on appelle les esprits, les souvenirs… Je me sens naturellement proche de la thématique proposée par Brigitte Saby, commissaire de l’exposition Le Regard du temps, à laquelle je suis très heureuse de participer.
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Vient de paraître chez Roma Publications
Aglaia Konrad – Japan Works
With text by Julian Worrall
The photographic work of Aglaia Konrad is driven by her interest in urbanity and architecture in general, and cultural difference in particular. A comparative practice that runs equally warm for every possible experience of the local. Previous experiences, in 1994 and 2010, intrigued her to undertake a severe study trip across central Japan in September 2019, mainly in search of Metabolist projects. Such historical, iconic architectures were also the excuse to explore the unspecific and the non-iconic of their urban setting, with the same intensity.
In Japan Works, free associations of full-page photographs alternate with contact sheets that follow the chronology of this last itinerary. These are illuminated by texts written by architect and Japan scholar Julian Worrall. Designed by Roger Willems.
496 p, ills bw/colour
20.7 × 26 cm, pb, English
ISBN 9789492811912
€ 45.- (incl. 9% VAT)
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L’édition de Jacqueline Mesmaeker Secret Outlines , édition produite par la galerie Keijiban a fait l’objet d’une exposition à Kanazawa, capitale de la préfecture d’Ishikawa au Japon, exposition qui vient de fermer ses portes. L »édition est désormais disponible et peut être commander à cette adresse.
Jacqueline Mesmaeker, Secret outlines – Versailles, 1996-2020
Offset printing and pencil drawings on Gardapat 150g paper. Cardboard slipcase covered with vintage sheepskin-textured and gilt-embossed paper. Leporello: 14 x 10,3 cm (folded) or 336 x 10,3 cm (unfolded). Slipcase: 14,2 x 10,5 x 1,2 cm
Edition of 30 copies, signed, numbered, and including 5 original drawings by the artist
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