Il y avait peu, entre les premiers dessins que Valérie Sonnier réalisait en fin d’études aux Beaux-arts de Paris et une latente propension cinématographique qui devait la conduire à filmer ce qu’elle avait auparavant poétiquement et consciencieusement dessiné.

La translation de l’un à l’autre des médiums traduisant une même appréhension du monde, devait se révéler, chez elle, sans encombre et naturelle.

Ces images au crayon qu’elle consignait sur de vieux cahiers de comptes imposaient d’austères arêtes d’habitats familiaux, de denses tracés de branches et de feuillages avec une précision pointilliste dédiée au souvenir dont elle tirera des cartes postales intimes, charbonneuses, habitées, hantées…

Or ce travail, moins taciturne que leste, inquiet, se révéla surtout profond. Un jouet de bois, petit camion laitier, y incarna un ciné-œil qui jusque là s’ignorait.

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Car il persiste une indécision fondatrice dans les images que capte Valérie Sonnier entre un monde inerte et dormant (dessins, peintures, vidéos figées dans l’acrylique…) et un univers inquiet, mais perpétuellement vivace (vibrants « films de famille » oscillant entre une mémoire gommée et l’excitation du film expérimental).

Ni la mémoire d’une image « baveuse » d’un Burckhardt dans «Alabama Square» dans les années 40/50, reconduisant un film 8 mm en fortuite photochimique peinture du temps, ni l’insatiable vision phénoménologique d’une Marie Menken, dans Glimpses in the garden, ne sont étrangers à cette filiation à laquelle Sonnier appartient mais dont, quand je l’ai rencontrée, elle ignorait encore l’existence.

Chez Sonnier, le dessin ne sert pas réellement de story-board, charpente docile de quelque film futur. La vitesse de son ciné-œil dans un jardin familial ne contredit nullement une sidération objectale, palpable en certaines de ses toiles qu’elle continue de peindre dans son atelier.

Une vidéo reproduite à l’acrylique évoque chez elle une tout autre matière, une tout autre « épaisseur vidéo » venant relater la scène archétypale, érotique, d’un groupe enfantin s’essayant à « jouer au docteur ».

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Le film se transfigure ainsi en ombres chinoises ivres, quasi expressionnistes dès que le camion/œil s’élance, en caméra subjective, à travers ronces, cailloux secs, haies, taillis laissés à l’abandon. L’angle mort de toute chose devient son horizon vibratile. Le dessin s’y dissout, se transmuant en « filés » cinématographiques ombrés.

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Il est beau de voir la résistance de ce jardin, sentir combien celui-ci, promis à la démolition par les promoteurs, cèle obstinément ses secrets, celui de sa nature et de sa ressouvenance. Cette résistance fait la réussite de l’œuvre.

De fait, ce n’est pas l’enfance, où l’artiste apparaît déguisée en petite fée filmée par sa grand-mère devant un arbre de Noël, mais bien le temps qui fait la substance aujourd’hui du travail de Valérie Sonnier.

Opacité, immobilité, vitesse endiablée y restent mitoyens.

À travers le temps, ce sont aussi les non-dits, soubassements de toute existence, mais aussi la mort donc, qu’interroge l’artiste. Comme si cette mort, Nature morte bien morte, filage ininterrompu d’un vécu, détenait à son tour pour substrat, une autre vie. Un autre discours, que l’artiste se penche vers le sol pour mieux écouter.

Courses effrénées d’un chariot dans un jardin ou sur une plage, les Natures mortes fixes ou endiablées de Valérie Sonnier demeurent avant toute chose éminemment vivaces… (Michèle Cohen Hadria)

Following her studies at the École des Beaux-arts, very little came between Valérie Sonnier’s preliminary drawings and a clear cinematographic inclination which would inspire her to film what she had previously drawn both poetically and conscientiously. The translation of these two mediums from one to the other, which equally translated an understanding of the world, came to her naturally and effortlessly.

However these images, with which she filled an old accounts book, show familiar environments harshly torn apart, imposed upon by dense traces of branches and leaves, each produced with the up-most precision and each dedicated to memories, images drawn like intimate postcards, smudged, alive, and haunted…

The result is work that is not introvert but rather alive, worrying and above all profound.

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A fundamental indecision persists in the images that capture Valérie Sonnier between a lifeless and sleeping world (drawings,paintings, videos captured in acrylic) and a worrying yet always lively universe (vibrant “family films” oscillating between forgotten memories and the excitement of experimental film).

Neither the memory of a “drooling” Burkhardt painting in “Alabama Square”, during the 40s/50, in which an 8 mm film is reproduced in unforeseen photochemical painting of the time, nor the insatiable, phenomenological vision of Marie Menken in “Glimpses in the garden” are foreign to this connection to which Sonnier belongs and yet, when i met her, of which she denies the existence.

For Sonnier, drawing does not serve as a storyboard or the quiet makings of a future film. The speed of her filming eye in her family garden does not contradict the objective consideration that is so clearly apparent in some of the canvases she continues to paint in her studio. A video reproduced in acrylic evokes for her an entirely different technique, an entirely different “video thickness” which brings to life, for example, the archetypal and erotic scene of a group of children “playing at being doctors”.

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A wooden toy, a small transporter lorry, in which could be found a cinematic eye had, up until now, been ignored. This film takes on the form of a series of erratic and quasi-expressionist silhouettes as soon as the lorry/the visionary sets off, taking the spectator on a journey across brambles, pebbles, through hedges and uncared-for trees. The mortal aspect of everything has become her vibrant source of inspiration. The drawing dissolves within, transforming into hazy cinematographic lines.

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It is remarkable to see the resistance of this garden but also to sense, despite it’s apparent degradation, just how many secrets it holds and, equally, the nature and memories it continues to preserve. The success of the work is thanks to the resistance of the garden.

In reality, it is not so much childhood, in which the artist is seen dressed up as a little fairy whilst her grandmother films her in front of a Christmas tree, but rather time itself which today provides the substance of Valérie Sonnier’s work.

Obscurity, immobility and intense speed are preserved.

As time goes by it is also the unsaid, the underlying core of all life, but also death itself that intrigues the artist. As if this death, a still life that is indeed so still, this uninterrupted prolongation of existence, did in fact have another life of its own. Another ‘reasoning’ that the artist tries to understand by looking beneath the surface.

The exciting escapades of a little lorry either in a garden or on the beach, or the fixed or animated still lifes of Valerie Sonnier are all infused with life… (Michèle Cohen Hadria)

 

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optimisé pour safari, chrome et firefox  |  propulsé par galerie Nadja Vilenne  |  dernière mise à jour  06.02.2016